Emmanuel Macron : la campagne des symboles

A quelques jours du scrutin du second tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron enchaîne les commémorations. D’Oradour-sur-Glane à l’hommage rendu à Brahim Bouarram, retour sur la semaine du candidat d’ « En marche ! ».

La campagne du second tour de l’élection présidentielle a véritablement été lancée le 26 avril dernier. Ce jour-là, Emmanuel Macron se rend dans sa ville natale d’Amiens pour dialoguer avec les représentants des syndicats de l’usine Whirlpool. Cette dernière est menacée de délocalisation en Pologne. Ni une ni deux, Marine Le Pen lui coupe l’herbe sous le pied en se rendant sur le parking de l’usine, à la rencontre des ouvriers. Le leader d’ « En marche ! » se voit alors dans l’obligation d’imiter la frontiste. La passe d’armes entre les deux candidats est à l’avantage de Marine Le Pen, qui bénéficie d’un accueil largement plus favorable que celui accordé à l’ex-ministre de l’Economie. Si M.Le Pen est la candidate du corps ouvrier, alors Emmanuel Macron sera le candidat de la mémoire.

Oradour-sur-Glane

162101.jpg

Deux jours plus tard, Emmanuel Macron se rend dans la commune d’Oradour-sur-Glane en Haute-Vienne. Le village fut le théâtre d’un des pires massacres de la seconde guerre mondiale. Le 10 juin 1944, 642 personnes sont assassinées par les SS, et le village est presque entièrement détruit. En 1947, ce dernier est reconstruit quelques mètres plus loin, préservant alors les vestiges du massacre en guise de témoignage pour les générations futures. Tout au long de la visite du site, E.Macron est accompagné par Robert Hébras, dernier survivant du drame. Après de multiples échanges avec l’homme de 91 ans, le candidat d’ « En marche ! » a promis à ce dernier de revenir commémorer le massacre, le 10 juin prochain, si il est élu président de la République. Emmanuel Macron a fait savoir que le devoir de mémoire est essentiel : « Décider de ne pas se souvenir c’est prendre le risque de répéter l’Histoire », avant de rajouter : « Une France renaissante. C’est le visage que le nouveau village d’Oradour donne. C’est ce visage de la France, avec toute sa mémoire, que je veux porter aujourd’hui ».

Mémorial de la Shoah

6904398_macron-memorial_1000x625.jpg

Dimanche dernier, Emmanuel Macron s’est rendu au Mémorial de la Shoah, à Paris. Le lieu commémore la déportation des 76 000 juifs de France pendant la seconde guerre mondiale. Le candidat à la présidentielle y a été accueilli par le président du mémorial, Eric de Rothschild, et le grand rabbin de France, Haïm Korsia. A cette occasion, Emmanuel Macron a déclaré : « Ce qui s’est passé ne doit plus jamais advenir ». Il a ensuite rendu hommage « à toutes ces vies fauchées par les extrêmes, par la barbarie ». Le message n’est pas anodin. Marine Le Pen, qui s’est rendue de son côté dans une usine des Bouches-du Rhône, avait déclaré début avril sur RTL, que la France n’était pas responsable de la rafle du Vél‘ d’Hiv. Quelques jours après sa qualification pour le second tour de l’élection présidentielle, Jean-François Jalkh, accusé d’avoir prononcé des propos négationnistes, avait pris la présidence par intérim du Front National. Il a depuis été remplacé par Steeve Briois, le maire d’Hénin-Beaumont.

Brahim Bouarram

B9711882629Z.1_20170501155756_000+GN48VTFNG.1-0.jpg

En marge des traditionnels défilés du 1er mai, Emmanuel Macron, tout comme Jean-Luc Mélenchon ou Anne Hidalgo, ont rendu hommage à Brahim Bouarram. En 1995, le jeune homme, alors âgé de 29 ans, avait été tué, poussé dans la Seine, par des skinheads participant au défilé organisé par le Front national. Le fils de la victime et Bertrand Delanaoë ont accompagné Emmanuel Macron devant la plaque commémorative du drame. A propos du Front national et de Marine Le Pen, le candidat d’ « En marche ! » a déclaré : « Les racines sont bien là. Elles sont vivaces. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Moi, je n’oublierai rien et je me battrai jusqu’à la dernière seconde non seulement contre le projet qu’elle porte mais contre l’idée qu’elle a de la démocratie et de la République. Ça n’est pas la mienne ». A deux jours du très attendu débat d’entre-deux-tours, Emmanuel Macron semble plus que jamais se faire le porte-parole de la lutte contre l’extrême droite et du devoir de mémoire, omniprésent dans cette fin de campagne.

Jean Legeard

Laisser un commentaire