Nicolas Dupont-Aignan a apporté hier son soutien à Marine Le Pen pour le second tour de l’élection présidentielle. De surcroît, nous savons depuis ce samedi matin que le leader de « Debout la France » sera le Premier ministre de la dirigeante frontiste en cas de victoire. Ce ralliement est loin d’être anodin dans un paysage politique français décidément en mutation.
Marine Le Pen terminera sa campagne présidentielle avec Nicolas Dupont-Aignan à ses côtés. A l’issue du premier tour, ce dernier avait annoncé vouloir réfléchir sur la consigne de vote qu’il donnerait à ses soutiens pour la suite de l’élection. Le vendredi 28 avril, Nicolas Dupont-Aignan a choisi : ce sera Marine Le Pen. Dans la foulée de l’officialisation du soutien, la leader frontiste a salué le ralliement et annoncé qu’elle dévoilerait le nom de son Premier ministre avant le vote du second tour. Le suspens s’est vite éteint. Ce samedi matin les deux personnalités ont donné une conférence de presse : Nicolas Dupont-Aignan sera chef du gouvernement en cas de victoire.
Du RPR à « Debout la France »
Sur le papier Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen se rejoignent sur de nombreux sujets, comme sur la question européenne, le combat contre les traités de libre-échange, ou l’immigration. Cependant le leader de « Debout le France » a fait ses classes au sein du RPR de Jacques Chirac. Il côtoie d’abord François Bayrou au ministère de l’Education puis travaille au sein du cabinet de Michel Barnier, alors ministre de l’Environnement en 1995. F.Bayrou comme M.Barnier sont deux europhiles avérés. La scission viendra plus tard en 1999, quand Nicolas Dupont-Aignan rejoint les rangs du RPF fondé par Charles Pasqua et Philippe de Villiers, mouvement à la ligne politique souverainiste crée en vue des élections européennes. Après un rapprochement avec Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement lors de l’élection présidentielle de 2002, il revient dans les rangs de la majorité en rejoignant l’UMP.
La rupture viendra en 2005 à l’occasion du référendum sur la constitution européenne. Il fera campagne pour le non et contre les prérogatives du parti de droite. Il s’émancipe alors peu à peu de l’UMP, qu’il quitte en 2007 en désaccord avec la ligne politique proposée par Nicolas Sarkozy. C’est la création de « Debout la République ». Voulant se présenter à l’élection présidentielle mais n’ayant pas recueilli les parrainages nécessaires, il appelle à voter pour N.Sarkozy. Parvenant à être présent au premier tour de l’élection de 2012, et recueillant 1,79 % des suffrages, il ne donne cette fois aucune consigne de vote pour le second tour. Il rompt ainsi définitivement les liens qu’il avait avec l’UMP. La suite vous la connaissez.
Un ralliement décomplexé
Depuis 2002, et l’immense surprise qui vit Jean-Marie Le Pen accéder au second tour de l’élection présidentielle, tout le monde se rangeait, ou presque, derrière ce que l’on nomme « le front républicain ». La consigne de gauche à droite, même si elle fut parfois implicite, était unanime. Une personnalité aux idées proche de Nicolas Dupont Aignan, comme Philippe de Villiers par exemple, qui n’était pas candidat en 2002, n’a jamais appelé à voter pour le Front national. Le seul soutien explicite qu’avait jusqu’à présent le parti frontiste, est venu durant les années 2000 du MNR, parti crée par le dissident du Front, Bruno Maigret.
Aujourd’hui les cartes semblent être redistribuées. Jean-Luc Mélenchon qui appelait en 2002 à « tout faire pour que le score du Front national soit le plus bas possible » n’a cette année pas donné de consigne de vote. Nicolas Dupont-Aignan représentait jusqu’à présent la frange la plus conservatrice de la droite française. Ce dernier a même critiqué à plusieurs reprises le Front national, le qualifiant même en novembre 2016 de « meilleur allié du système ». Aujourd’hui il n’a pas hésité à franchir la sulfureuse barrière des extrêmes. De plus, N.Dupont-Aignan a justifié ce ralliement au nom du gaullisme humaniste. Là encore la référence est audacieuse. Jusqu’à l’arrivée de Florian Philippot en 2011, les termes Front national et gaullisme de surcroît humaniste, semblaient être antinomiques. De Gaulle, qui était jusqu’alors quasi étranger du champ lexical frontiste, ou du moins très peu cité, semble être devenu incontournable au sein du parti d’extrême droite. J’en connais un qui doit se retourner dans sa tombe … L’accaparement du Général n’a pas l’air de choquer grand monde, même lorsqu’on connaît le passé de Jean-Marie Le Pen (dont Marine est l’héritière, quoi qu’elle en dise), fervent défenseur de l’Algérie française et opposant à l’Homme du 18 juin.
De ce point de vue, le processus de dédiabolisation entrepris par Marine Le Pen semble avoir réussi. C’est la première fois que le Front national constitue une alliance de poids. Nicolas Dupont-Aignan a recueilli 4,7 % des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle soit près d’1 700 000 voix.
Jean Legeard
